Définir une discrimination en 3 éléments : conseils et critères essentiels

Interdite ici, tolérée là-bas, mal comprise ailleurs : la discrimination ne se cache pas toujours où on l’attend. En France, la loi distingue strictement les actes qui relèvent de la discrimination de ceux qui relèvent d’un simple différend ou d’un choix personnel. Un traitement différencié n’est illégal que sous certaines conditions précises, qui font l’objet d’une jurisprudence abondante et d’un encadrement réglementaire pointu.

Des critères protégés par le Code pénal aux mécanismes de preuve encadrant les litiges, plusieurs éléments doivent impérativement être réunis pour qualifier juridiquement une discrimination. Les dispositifs de recours, parfois complexes à mobiliser, varient selon le contexte, le statut de la victime et la nature des faits reprochés.

Comprendre la discrimination : trois éléments clés pour la définir

Pour cerner ce qui constitue une discrimination, trois ingrédients sont indissociables. Il faut d’abord constater l’existence d’un traitement différencié appliqué à une personne ou à un groupe. Mais toute différence ne tombe pas sous le coup de la loi : il faut aussi que cette inégalité s’appuie sur l’un des 26 critères de discrimination listés par le législateur, tels que l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état de santé, le handicap ou encore l’origine. Cette liste, loin d’être immuable, s’est étoffée ces dernières années, par exemple avec l’ajout du statut de lanceur d’alerte.

Un troisième facteur entre en jeu : l’absence de justification objective et raisonnable. Parfois, une différence de traitement reste permise lorsqu’elle répond à une exigence professionnelle essentielle et déterminante. C’est exceptionnel, réservé à des situations où le poste l’impose véritablement. À l’inverse, évincer un candidat à cause de son patronyme, de son lieu de résidence ou de sa situation familiale expose à des sanctions judiciaires.

L’égalité de traitement n’est pas figée. L’aménagement raisonnable vise justement à offrir des solutions adaptées pour rétablir l’équité, par exemple pour les personnes en situation de handicap ou résidant dans des quartiers prioritaires. Ces mesures ne relèvent pas de la discrimination, mais d’une politique d’équité assumée.

Voici les trois conditions qui doivent être réunies pour parler de discrimination au sens de la loi :

  • Traitement différencié
  • Critère prohibé par la loi
  • Absence de justification objective et raisonnable

La loi ne s’arrête pas à l’intention. Une pratique peut être discriminante même si personne ne l’a voulue ainsi : c’est la notion de discrimination indirecte, lorsqu’une règle apparemment neutre désavantage en réalité certains groupes protégés.

Quels sont les principaux types de discrimination en France ?

La législation française encadre la discrimination à travers la loi n°2008-496 du 27 mai 2008, qui retient 26 critères de discrimination. Parmi les motifs les plus cités figurent l’origine, le sexe, l’âge, l’état de santé, le handicap, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. D’autres critères, parfois moins visibles, sont également pris en compte, comme l’apparence physique, le patronyme ou le lieu de résidence.

La liste des critères s’élargit avec les évolutions sociales. Depuis 2022, le statut de lanceur d’alerte et celui de personne en lien avec un lanceur d’alerte entrent dans le champ de la protection, illustrant la volonté d’anticiper les nouvelles formes de stigmatisation. La loi distingue entre discriminations directes, qui visent ouvertement une caractéristique, et discriminations indirectes, où l’effet d’une règle neutre touche de façon disproportionnée certains groupes.

Pour clarifier, voici les principaux motifs de discrimination reconnus par la loi :

  • Origine, sexe, situation familiale, grossesse
  • Apparence physique, situation économique, patronyme, lieu de résidence
  • Handicap, perte d’autonomie, caractéristiques génétiques
  • Mœurs, orientation sexuelle, identité de genre, âge
  • Opinions politiques, activités syndicales, mandat électif
  • Langue, appartenance à une ethnie, une nation ou une prétendue race, religion
  • Statut de lanceur d’alerte ou lien avec un lanceur d’alerte

Ces critères couvrent bien plus que le seul accès à l’emploi. La discrimination s’infiltre aussi dans le logement, l’éducation, l’accès aux services ou la vie syndicale et politique. Le droit tente de s’adapter à la diversité et à l’évolution des pratiques sociales.

Le code du travail et le code pénal forment le socle de l’action contre la discrimination en France. Le code du travail proscrit toute différence de traitement fondée sur un des 26 critères de discrimination lors du recrutement, de la formation, de la rémunération ou de la progression professionnelle. Le code pénal, lui, prévoit de lourdes sanctions pour les actes discriminatoires, avec des peines allant jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende dans le cas d’une discrimination à l’embauche.

Les employeurs sont tenus à une vigilance accrue. Ils doivent s’assurer que le recrutement repose uniquement sur les compétences, sans mention de critères prohibés dans les offres d’emploi. Depuis 2017, toute entreprise de plus de 300 salariés, ainsi que les cabinets de recrutement, ont l’obligation de former tous les cinq ans leurs recruteurs à la non-discrimination. France Travail encourage l’intégration de l’objectivité et de l’inclusion dans les processus de sélection.

Face à une discrimination, plusieurs recours existent. Toute personne s’estimant lésée peut saisir gratuitement le Défenseur des droits, mais aussi un témoin ou un représentant légal. Le Défenseur enquête, formule des recommandations, peut engager une médiation, voire saisir la justice. La plateforme anti-discrimination permet d’alerter rapidement et d’être orienté vers les dispositifs adéquats. Les textes, de la loi n°2008-496 à la loi Égalité Citoyenneté, construisent un arsenal pour garantir l’égalité de traitement et offrir des solutions concrètes.

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Des exemples concrets et des ressources pour agir contre la discrimination

Dans la vie réelle, la discrimination prend des formes très variées. Imaginez un candidat dont la candidature est écartée à cause de son patronyme ou de son adresse. Ou bien une salariée qui voit sa progression professionnelle freinée après un congé maternité. Parfois, un locataire se voit refuser un bail simplement parce qu’il possède un compte bancaire étranger. Autant de situations qui illustrent la diversité des critères de discrimination : origine, sexe, handicap, orientation sexuelle, statut de lanceur d’alerte… La liste est longue.

Pour lutter contre ces situations, plusieurs ressources existent et sont mobilisables. Le Défenseur des droits traite chaque année des milliers de réclamations pour discrimination. Son intervention ne se limite pas à l’écoute : il peut mener des enquêtes, organiser une médiation, recommander des solutions concrètes. La plateforme anti-discrimination (09 80 88 19 39) offre un point d’alerte rapide, avec la possibilité de rester anonyme et de bénéficier d’un accompagnement adapté.

Les professionnels de l’emploi, notamment chez France Travail, rappellent régulièrement la nécessité d’objectivité dans les offres et les recrutements. Les entreprises de plus de 300 salariés doivent former leurs recruteurs tous les cinq ans, sans exception. Pour chaque personne concernée, l’appui sur ces relais institutionnels, la documentation minutieuse des faits, la conservation des échanges sont des démarches précieuses. Au fil du temps, la mobilisation individuelle et collective contribue à faire avancer l’égalité de traitement dans notre société.

La lutte contre la discrimination ne se joue pas seulement dans les textes : elle s’inscrit, chaque jour, dans les actes, les choix et les résistances ordinaires. La prochaine fois qu’une injustice surgit, la question n’est plus de savoir si elle est légitime, mais comment la dénoncer, et la corriger.