Un État signataire du GATT a le droit de verrouiller temporairement ses frontières aux importations s’il estime sa sécurité nationale menacée, quitte à bousculer les dogmes de la non-discrimination. Les droits de douane, à eux seuls, ne suffisent pas toujours à préserver les producteurs locaux face à la force de frappe des subventions étrangères. Les mesures de sauvegarde, elles, ne passent que sous l’œil attentif du contrôle multilatéral et uniquement si la situation le justifie vraiment. Quant aux cycles de négociation, ils débouchent rarement sur une ouverture totale : chaque baisse de tarif se monnaie cher, chaque concession appelle une contrepartie.
L’équilibre du commerce international repose sur quatre grands principes, à la fois piliers et sources d’arbitrages sans fin entre la tentation d’ouvrir les marchés et la volonté de préserver les intérêts nationaux.
Le GATT, pierre angulaire du commerce international
En 1947, le GATT voit le jour et change la donne. Pour fluidifier les échanges de marchandises, il fallait agir sur les barrières tarifaires et établir des règles communes. Plus de 120 pays finissent par signer ce texte fondateur, qui dessinera, des années plus tard, les contours de la Organisation mondiale du commerce (OMC).
La méthode mise en place ? Des cycles de négociation successifs, comme le fameux cycle Uruguay qui aboutira à l’OMC en 1995. À chaque étape, les partenaires consentent à réduire les tarifs douaniers GATT sur l’industrie comme sur l’agriculture. Parallèlement, ils resserrent l’encadrement des obstacles non tarifaires. Cette mécanique a dopé la croissance des importations et exportations à l’échelle planétaire.
| Pays membres | Date d’adhésion au GATT |
|---|---|
| États-Unis | 1948 |
| France | 1948 |
| Brésil | 1948 |
| Chine | 2001 (adhésion OMC) |
Les relations commerciales internationales s’appuient sur des disciplines qui brident les réflexes protectionnistes. Les États membres de l’OMC doivent déclarer tout changement dans leur politique commerciale, ce qui instaure une prévisibilité appréciée par les entreprises. Le GATT sert toujours de fondation aux engagements pris à l’échelle globale, même si la multiplication des accords régionaux bouscule ce schéma.
Quels sont les quatre principes fondamentaux qui structurent le GATT ?
Quatre piliers structurent le GATT. Ils forment la colonne vertébrale du commerce international et imposent leur logique aux échanges mondiaux.
Voici les principes qui s’imposent à tous les membres :
- Principe de la nation la plus favorisée : tout avantage douanier ou commercial accordé à un pays doit aussitôt profiter à tous les autres membres du GATT. Si un tarif réduit est consenti au Brésil, il en va de même pour l’Inde ou le Canada. Ce principe interdit les privilèges à la carte, garantit l’universalité du système et place chaque partenaire sur un pied d’égalité.
- Principe du traitement national : dès qu’un produit importé a franchi la frontière, il doit être traité comme un produit national similaire. Taxation, TVA, normes : impossible de favoriser le local sous couvert de règlementations internes. C’est la promesse d’une concurrence sans biais, même au cœur du marché domestique.
- Suppression des restrictions quantitatives : le GATT privilégie la baisse des tarifs douaniers et proscrit, à quelques exceptions près, les quotas ou limitations directes sur les quantités échangées. Les barrières tarifaires sont préférées, car elles sont plus transparentes et prévisibles pour les acteurs économiques.
- Transparence et publication des règlements : la stabilité des échanges dépend de la diffusion claire des lois et pratiques qui impactent le commerce. Les États doivent notifier toute mesure nouvelle ou tout changement réglementaire, pour éviter les surprises et renforcer la confiance dans le système.
Ces quatre principes du GATT irriguent la confiance dans les relations économiques mondiales et encadrent la concurrence. La question du traitement des produits similaires, nationaux ou étrangers, continue d’alimenter les discussions, preuve de la complexité mais aussi de la solidité du cadre multilatéral.
Comprendre l’application concrète de ces principes dans les échanges mondiaux
Le GATT n’est pas un simple catalogue de bonnes intentions : il façonne la réalité quotidienne des marchandises qui traversent les frontières. Le principe de non-discrimination, par exemple : un exportateur sud-coréen de composants électroniques est soumis exactement au même taux de droits de douane qu’un fournisseur allemand ou mexicain lorsqu’il vend aux États-Unis. Cet équilibre juridique garantit l’ouverture des marchés et la sécurité des transactions.
Les restrictions quantitatives, quant à elles, restent étroitement encadrées. Un État ne peut pas décider d’imposer des quotas à l’importation de produits industriels, sauf circonstances bien définies par le GATT. Ce choix limite l’arbitraire, assure aux entreprises des perspectives claires et protège la qualité de la concurrence. Lorsqu’il s’agit de licences d’importation, des procédures strictes et une obligation de notification à l’Organisation mondiale du commerce s’appliquent.
Pour remédier aux distorsions, le système s’appuie sur les droits antidumping et droits compensateurs. Lorsqu’un produit est vendu à l’étranger à un tarif anormalement bas, une enquête est ouverte. Si la violation est avérée, des mesures correctives sont possibles, mais selon une procédure millimétrée et sous contrôle international.
Au final, ces principes dictent la stratégie des entreprises : accès au marché intérieur, suivi des droits de douane, anticipation des mesures de sauvegarde. Le GATT discipline les échanges, tout en laissant une marge de manœuvre aux États, mais sous le regard du collectif.
Exceptions, limites et enjeux contemporains autour du GATT
Le GATT n’a jamais prétendu tout régir. Certains domaines, comme les produits agricoles ou les services, bénéficient encore de traitements à part. Plusieurs exceptions sont prévues : sécurité nationale, santé publique, protection de l’environnement. Un État peut écarter les règles pour protéger sa population ou son territoire, mais il doit en rendre compte à ses partenaires.
Sur le terrain, certains membres contournent la lettre du GATT. Accords régionaux, subventions ciblées, recours à des entreprises commerciales d’État… Ces stratégies créent des brèches dans le système multilatéral. Les litiges se multiplient autour de l’application des mesures de sauvegarde, ou de l’interprétation du traitement national et de la nation la plus favorisée. Les débats sur l’origine des produits ou le trafic de transit mettent en lumière les tensions persistantes.
| Exception | Fondement | Exemple d’application |
|---|---|---|
| Sécurité nationale | Article XXI du GATT | Restriction à l’importation pour motif stratégique |
| Santé publique | Article XX du GATT | Blocage de produits contaminés |
Les dernières années ont vu surgir de nouveaux chantiers : la transition climatique, la lutte contre le dumping social, la montée des chaînes de valeur mondiales. Les règles du GATT, pensées pour reconstruire le monde d’après-guerre, peinent à répondre à la complexité des enjeux et à l’intensité des rivalités commerciales. Les membres de l’OMC cherchent des pistes pour adapter ce socle. Mais le grand saut vers une refonte globale, lui, tarde toujours à venir.


